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Profil

  • : Tristan
  • lettres-medievales
  • : Homme
  • : 29/03/1988
  • : Lorraine
  • : Je suis membre de l'association de reconstitutions médiévales "Les Compagnons de Valérien", basée à Nancy, en Lorraine. J'anime l'atelier calligraphie-littérature lors des fêtes auxquelles nous participons
Samedi 31 mai 2008
Voilà, je suis de retour pour vous présenter rapidement un petit outil de copiste



ce couteau se nomme un canivet (qui vient du mot canipulum), réalisé en montage sur soie. Outil essentiel à l'écriture, il a plusieurs utilités :
  •  Il sert à tailler les plumes
  • Le coût du parchemin étant élevé, en cas d'erreur ou de tache, rien ne se jette : avec la lame, on gratte la surface du support pour enlever l'encre
  • La pointe de la lame permet de "piquer" la page pour la maintenir lors du travail


Merci à Mathilde, à qui appartient cet outil (et du coup, la photo). n'hésitez pas à visiter son blog pour plus d'informations :

L'atelier de Mathilde

( http://scriptoriumdemathilde.over-blog.com/ )
Par Tristan - Publié dans : calligraphie - Communauté : Les Compagnons de Valérien
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Mardi 15 janvier 2008
"[...] Ses venêors a fet o lui mener,
chiens et brachez a fet desacopler.
En la forest ou alerent berser
ont le jor pris .II. cers et un sengler,
.IIII. somiers en orent fet trouser.
Endroit midi, qant s'en durent aler,
lors comença .I. oré a lever, meutechassea.jpg
a espartir, a plovoir, a toner.
Le roi covint soz .I. chesne esconser.
Es vos .I. mes, sanz point de demorer,
vint de Borgongne noveles aporter.
Ou voit le roi, seu prist a saluer :
"Deus vos gart, rois, qui le mont doit sauver !"
Une noveles vos vien ge ci conter :
morz est li dus de Borgogne, le ber,
et la duchoisse vodroit a vos parler ;
metez le terme ou vos porroit trover."
Et dit li rois : "Ja l'orroiz deviser :
dites la dame, mie ne li celer,
c'a la grant feste seint Jehen, sanz douter,
tout droit a Sanz, la me porra trover.
– Sire," fet il, "bien li savrai conter
Congié demende, prist s'en a retorner.
Et l'enperere comença a panser ;
por le franc duc, que tant soloit amer,
covint ilec Charlemene plorer.
A chief de piece prist soi a conforter,
car en duel fere ne puet riens recovrer.
Devant lui garde, si vit Girart ester :                                              Gaston Phebus(1331-1391), le livre de la chasse
par la saiete dont il devoit berser
li vet la dame et la terre doner ;
puis fu tele eure que chier l'en dut peser !
A Loon vet Charlemene le ber ;
la fist Girart richement conreer,
armes li fist l'enperer doner
si l'adouba sanz plus de demorer.
Por seue amor en fist .XX. adober,
chevaus et armes lor a fet presanter,
les plus tres riches que l'en pot lors trover.
Lors fist li rois Girart molt ennorer,
mes cele ennor li dut a mal torner,
    qu'il li toli la dame.


Girart de Vienne, Bertrand de Bar-Sur-Aube, laisse XXXIV.


Traduction de B. Guidot (Girart de Vienne, Honoré Champion éditeur) :

"Il fit venir avec lui ses veneurs et a fait lacher chiens courants et braques. Dans la forêt où ils allèrent chasser, ils ont tué ce jour-là deux cerfs et un sanglier ; ils les mirent sur le dos de quatre montures de charges. Juste à midi, au moment où ils devaient s'en retourner, une tempête se déchaîna : les éclairs jaillirent, la pluie tomba, le tonnerre gronda. Le roi décida de trouver refuge sous un chêne. C'est sur ces entrefaîtes, peu de temps après, qu'arriva un messager : il venait de Bourgogne pour apporter des nouvelles. Dès qu'il vit le roi, il le salua en ces termes : "Cher souverain, que vous protège Dieu qui doit sauver le monde ! Je vous apporte des nouvelles : il est mort le duc de Bourgogne, le preux, et la duchesse voudrait vous parler ; il faudrait fixer le moment où elle pourrait vous rencontrer.' Et le roi répondit : "Je vais vous l'indiquer, ne le lui cachez pas, que c'est très précisément à Sens, lors de la grande fête de la saint Jean, qu'elle pourra me rencontrer, sans la moindre hésitation. – Sire, répondit l'homme, je ne vais pas manquer de le lui indiquer."
Après avoir demandé conge, le messager s'en retourna. Dès lors, l'empereur se mit à réfléchir. A cause de la mort du noble duc pour qui il éprouvait de l'affection, Charlemagne se mit à pleurer, mais il ne fut pas long à se consoler, car laisser libre cours à son chagrin n'a jamais apporté de solution à aucune difficulté. Jetant un regard autour de lui, il aperçu Girart : prenant comme garant la flèche dont il allait se servir à la chasse, il lui accorda la dame et la terre. Par la suite, vint le moment où Girart le paya très cher ! Charlemagne, le preux, se rendit à Laon. C'est là que l'empereur fit richement équiper Girart ; il lui fit remettre des armes et il l'arma chevalier, sans plus tarder. Par amour pour lui, il procéda à l'adoubement de vingt jeunes gens, leur faisant offrir des chevaux et des armes, les plus riches que l'on ait alors pu trouver. A cette occasion, le souverain combla d'honneurs Girart, mais cet hommage fut désastreux pour lui, car Charles lui enleva la dame."


adoubement.gif
scène d'adoubement : on ceint l'épée aux jeunes chevaliers


Cette scène forte est très riche, et représentative de différents thèmes littéraires et moments quotidiens au Moyen-Age. La chasse, qui ouvre l'extrait, est typique de la vie à la cour, et illustre la véritable passion de Charlemagne pour cette activité ; de même pour la scène de l'adoubement : le jeune noble est armé chevalier, puis son équipement lui est remis (l'équipement était très cher).
Le serment tient également une place importante : il est rare qu'un chevalier rompe son serment, tout simplement parce que cet acte a une forte connotation religieuse. C'est pourtant ce que Charlemagne fera ! Cela illustre bien le "cycle de Guillaume d'Orange", dont fait partie l'oeuvre : la fidélité des vassaux envers Charlemagne est toujours payée d'ingratitude par ce dernier.
Mais la principale caractéristique de cette scène est sa complexité dans la description psychologique de l'empereur : Charlemagne méprise souvent ses vassaux, il n'hésite d'ailleurs pas à les insulter de "glotons" ("vauriens"), de "fils de putain", etc ; on en vient d'ailleurs souvent aux mains à la cour impériale. Et pourtant, la laisse nous montre un empereur dans toute sa fragilité, n'hésitant pas à pleurer la mort d'un de ses ducs, dans une scène empreinte de pathos, ne serait-ce que par le lieu et le moment – symboliques– où elle prend place : l'empereur est seul sous un chêne durant un orage. C'est peut-être ce qui fait la richesse de la chanson de geste : un mélange de violence dans les actes et paroles, et de lyrisme, mais un lyrisme toujours controllé, discret, avec très  peu de  démonstrations de la souffrance : l'empereur pleure, mais se ressaisit aussitôt, "car en duel fere ne puet riens recovrer".
Par Tristan - Publié dans : textes
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Dimanche 30 décembre 2007
Il est facile et peu couteux de fabriquer soi-même son encre, et de manière médiévale qui plus est !
Pour ce faire, il vous faudra très peu d'ingrédients, pour la plupart disponibles dans n'importe quelle quincaillerie.

Pour un demi litre d'eau, il faut environ :
            - 10 g de noix de galle
            - 7 g de sulfate de cuivre en poudre
            - 10 g de gomme arabique


galle.jpg
Noix de galle






chalcantite.jpg
sulfate de cuivre
(vous le trouverez en poudre dans les commerces)






LIRX50000500.jpg
gomme arabique




Les noix de galle sont des parasites du chêne : lorsque le cynips (une sorte de petite mouche) pond son oeuf sous l'écorce de l'arbre, une noix se forme. Ces noix sont gorgées de tannins, elles sont donc indispensables à la fabrication de l'encre.
La gomme arabique, quant à elle, est en fait de la sève d'acacia. Cet arbre est un symbole d'immortalité et de victoire sur la mort : quoi de plus approprié pour fixer l'encre de manuscrits vieux de plusieurs siècles ?



Revenons-en à la fabrication :

1) Broyez les noix, puis faites-les macérer dans l'eau pendant une à deux semaines afin d'extraire les tannins

2) Filtrez, puis faites réduire le filtrat jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un quart de la quantité initiale. Cette opération est importante : une encre mal réalisée est aqueuse, et "ruisselle" littéralement sur le papier (veillez à utiliser une casserole qui ne risque plus rien)

3) Ajoutez le sulfate et la gomme et remuez jusqu'à dissolution


Vous pouvez varier le dosage de la gomme arabique : un excès de gomme donnera de la brillance à votre encre.
Attention, cette encre ne doit pas être utilisée avec des plumes métalliques, qui risqueraient de s'oxyder au contact du sulfate de cuivre !

NB : cette encre poserait actuellement des problèmes pour la conservation des manuscrits médiévaux
( http://ww3.ac-creteil.fr/hgc/spip/IMG/gif/encre_medievale.gif )
Par Tristan - Publié dans : calligraphie
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